Saint-Germain-l’Auxerrois : L’Ombre Royale face au Relais du Louvre

Ouvrir les fenêtres du Relais du Louvre, c’est s’offrir un face-à-face particulier avec l’histoire. Bâtie à l’origine vers 541 par Childebert, fils de Clovis, l’église Saint-Germain-l’Auxerrois dresse ses dentelles de pierre juste face à l’hôtel.

Ce bel édifice, témoin de quinze siècles d’évolution, fut la paroisse attitrée des rois de France mais aussi le point de départ d’un événement fort sombre qui a fait basculer le destin de la France.

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Saint Germain L’Auxerrois – Philippe Benoist 1860. On aperçoit à droite le bâtiment abritant aujourd’hui le Relais du Louvre

Le Porche : La Dentelle de Pierre des Valois

L’arrivée devant l’édifice est marquée par son porche flamboyant, édifié entre 1435 et 1439. Ce porche à cinq arches est une rareté à Paris : c’est ici que l’art gothique jette ses derniers feux avant la Renaissance. Contrairement à un porche classique, celui de Saint-Germain-l’Auxerrois est profond et surélevé. Lors des grandes fêtes religieuses, la famille royale pouvait s’y tenir pour être vue du peuple sans être à son contact direct.

Cependant, les souverains rejoignaient généralement leur paroisse par des accès privilégiés, et ce porche monumental marquait la frontière solennelle entre la demeure royale et l’espace sacré.

L’aspect actuel de la place résulte des grands percements du XIXe siècle. On remarque sur cette photographie d’Édouard Baldus prise en 1856,que la mairie du 1er arrondissement, aujourd’hui à gauche de l’église, est encore absente du paysage.

On y voit surtout que les immeubles voisins, dont celui qui abrite aujourd’hui le Relais du Louvre, ont échappé de peu aux démolitions massives liées à l’agrandissement de la place initiée par le Baron Haussmann.

Le Beffroi : Le Tintement qui changea l’Histoire

Entre l’église et la mairie du 1er arrondissement, s’élève un beffroi imposant. Si sa silhouette néo-gothique semble s’harmoniser parfaitement avec l’église, il cache un secret dramatique. C’est ici que se trouve la célèbre cloche « Marie ».

Dans la nuit du 23 au 24 août 1572, ce n’est pas le carillon du Palais qui donna le signal du massacre de la Saint-Barthélemy, mais bien celui de Saint-Germain-l’Auxerrois. Ce tintement funeste, censé déclencher l’attaque contre les chefs protestants, a marqué le début de l’une des pages les plus sombres de l’histoire de France : une tuerie qui fit environ 3 000 morts à Paris en quelques jours, et jusqu’à 30 000 dans tout le royaume. Ce contraste saisissant entre la sérénité actuelle du parvis et la violence de cet événement historique donne au quartier une épaisseur particulière.

La Nef Royale : Prières souveraines et mémoire des artistes

Une fois le seuil franchi, le regard est guidé par la clarté des voûtes et un jeu de lumière qui souligne la perspective de la nef. On peut s’arrêter sur le Banc d’œuvre de 1684. Dessiné par Charles Le Brun, le premier peintre de Louis XIV, ce chef-d’œuvre d’ébénisterie est ce qui reste de la présence physique du souverain dans l’église. C’est ici que le Roi Soleil et la Cour s’installaient pour la messe lors de leurs séjours au Louvre. L’absence de tableaux illustrant ces moments, souligne l’aspect presque privé de cette paroisse royale.

Avant de ressortir, le visiteur doit s’attarder dans les chapelles latérales. Saint-Germain-l’Auxerrois est le sanctuaire des artistes qui ont façonné le Louvre et Versailles. L’architecte Louis Le Vau, le bâtisseur de Versailles et de la colonnade du Louvre, les peintres Boucher et Chardin, dont les chefs-d’œuvre sont les joyaux des plus grands musées du monde, ainsi que le sculpteur Antoine Coysevox, l’auteur des statues monumentales des jardins du Roi Soleil, y reposent.

La Place du Louvre : Le Mirage de la Symétrie

Lithographie – Philippe Benoist, Vers 1860

En ressortant de l’église, on est frappé par le dialogue entre deux architectures qui semblent se répondre. C’est l’un des secrets d’urbanisme fascinants du quartier, né de la volonté du Baron Haussmann de créer un axe prestigieux vers la colonnade du Louvre.

Pour répondre à l’église médiévale, l’architecte Jacques Hittorff a conçu la Mairie du 1er arrondissement en s’appropriant les canons gothiques de Saint-Germain-l’Auxerrois. Le beffroi, érigé entre les deux bâtiments, sert de pivot à cette mise en scène théâtrale du Second Empire. Pour un hôte du Relais du Louvre, ce panorama est le témoin d’une époque où Paris s’est réinventée avec une élégance symétrique.

Aujourd’hui, le tumulte des carrosses a laissé place à la flânerie, mais l’âme de ce carrefour royal reste intacte. En regagnant le Relais du Louvrevous réintégrez un morceau du vieux Paris ayant défié le temps et les chantiers d’Haussmann.

Depuis votre fenêtre, l’église vous rappelle que vous faites partie de la lignée de voyageurs trouvant refuge, depuis des siècles, à l’ombre de Saint-Germain-l’Auxerrois. L’histoire de France n’est plus dans les livres : elle est là sous vos yeux.

En savoir plus sur l’histoire du Relais du Louvre : https://www.relaisdulouvre.com/lhistoire-du-relais-du-louvre/